L'OBAMANIA AUX USA : "Je pars bosser pour Obama !"
Il ne s’agit plus d’un évènement discret, d’un phénomène isolé, mais d’une véritable tendance et peut-être même d’un mouvement. Au regard du nombre sans précédent de jeunes américains qui abandonnent études, travail, (voir même leur famille ???), pour Obama, à la recherche d’un "amour perdu".
A quelle proie ces gens ordinaires cèdent-ils et que leur promet-elle ? Renaissance de leur patriotisme, redécouverte de leur pays et de ses nobles valeurs et institutions, renouvellement de leur confiance dans leur gouvernement.
Qui offre cette aventure, quelque part entre baptême et retraite politique ?
La campagne Obama, bien sûr. Vous n’avez pas vu les publicités ?
Normal, il n’y en a pas. Ce qui ne veut pas dire qu’un prosélytisme discret n’est pas en cours. L’organisation Obama est le summum de la discrétion et leur héros est partout.
Le badge Obama 08 sur la chemise d’une vieille dame, les supporters d’Obama se faisant photographier sur le Pont des Arts, le visage radieux de Barack (ou de sa femme Michelle) à la une d’un journal, à la television, dans Rolling Stone. Barack Obama est actuellement la plus grande célébrite dans un pays OB-SÉ-DÉ par la célébrité. Si vous pensiez résister à ses charmes et à son omniprésence, la lutte sera longue et difficile.
Mais revenons à l’aventure que j’avais évoquée. Mercredi dernier, dans un café à Hell’s Kitchen, un quartier de Manhattan, je discutais avec une jeune femme américaine de mon âge qui cherchait une colocataire à Cambridge. On parlait Pékin, Paris puis de son ancienne coloc. Ou est-elle partie ? A Chicago, bosser pour la campagne d’Obama.
A la table à ma gauche, un monsieur distingué, dans la trentaine, nous interrompt pour nous dire que son collègue, venait tout juste de quitter son poste chez McKinsey, un prestigieux cabinet de conseil pour aller bosser lui aussi pour Obama.
Quelques minutes plus tard, mon portable sonne. Ma petite soeur, qui termine cette année ses études à Yale, m’appelle pour m’informer qu’elle veut les suspendre… pour aller travailler pour Obama.
Même chose sur Facebook (que vous connaissez presque tous). Samedi soir, en écrivant un petit message sur le “mur” (une sorte de tableau publique) d’une amie à Londres, je suis distraite par la note précédente. Une de ses camarades de classe annonce son départ imminent à Iowa (Iowa!) pour rejoindre l’équipe de campagne d’Obama.
Une banquière que je connais à NY passe la première moitié de ses vacances à Barcelone, et l’autre moitié en Californie où elle travaillera pour Obama.
Comment me suis je retrouvée entourée d’une troupe de volontaires/employés d’Obama ? N’oublions pas, après tout, que je soutenais Hillary Clinton ! Suis-je la seule ?
Cet engagement politique m'impressionne autant qu'il me confond. Les gens font-ils les moutons ou ont-ils été sincèrement mus par les mots d’Obama ? Evidemment, quand j’ai osé posé cette question à ma soeur, elle m’a raccroché au nez. Réaction naturelle puisqu’elle le soutient depuis bien avant son effet Star Ac.
Mais le fan club du sénateur est composé de milliers de personnes (surtout des jeunes) qui ne le connaissaient pas il y a 7 mois. Que se passe-t-il lorsque la campagne Obama commence à attirer deux groupes : les moutons et les opportunistes ?
Jusqu’à présent, Obama devait son succès en partie aux efforts inlassables de volontaires qui travaillaient gratuitement (ou pour très peu) pour lui parce qu’ils étaient inspirés et motivés par son parcours et par ses idées. Presque tout interview de ses conseillers et proches ressort un grand amour pour le sénateur (Reggie Love, 26 ans, son bras droit; Jon Favreau, 26 ans, sa plume).
La relation professionnelle est mêlée d’amitié, d’affection et de respect. Sa campagne électorale était imprégnée de valeurs et de sentiments qui étaient censés s’absenter de la politique traditionnelle. Mais le métissage du politique et du personnel a réussi puisque Barack Obama se retrouve candidat démocrate à la présidence.
Comment Obama va-t-il poursuivre sa course présidentielle sans attirer les moutons et les opportunistes, qui pour moi présentent un danger réel à sa campagne. Les moutons sont ceux qui voient en Obama un rock star et veulent s’associer a lui parce qu’il est jeune et séduisant et puissant.
Apres tout, on aime dire aux Etats-Unis, que “Washington, c’est Hollywood pour les moches.” Sauf que cette année les moches ne le sont pas du tout.
De l’autre côté, je discerne les opportunistes. La campagne d’Hilary Clinton a été gérée presqu’entièrement par ces gens (Mark Penn en chef de file). Ce sont les personnes qui migrent vers Washington non pas par idéalisme mais par cynisme et soif de pouvoir. Ils veulent être là ou se concentrent les plus puissants et ils voient en Washington. D.C., une espèce de Davos malintentionné.
Avant la dégringolade spectaculaire d’Hillary Clinton, la campagne de la sénatrice new-yorkaise était l’endroit propice pour les opportunistes. Sa victoire était inévitable. Elle avait les fonds, elle avait le soutien des lobbies, des grandes entreprises, des politiciens. (Il lui manqé un obstacle dans la politique américaine.) Mais, sa trajectoire présidentielle déviée, les opportunistes vont devoir trouver un autre train. Ils reniflent la victoire facile et une belle ligne dans le CV; leur nez les conduit vers Obama.
Mais Obama voudrait-il de ces personnes dans sa campagne ?
Peut-être peut on imaginer la campagne d’Obama comme un spa de régénérescence politique pour les cyniques. Peut-être que les opportunistes en sortiront avides de changement, de progrès social et de transparence gouvernementale. Et peut-être que les moutons émergeront de leur colonie de vacances moins épris par la célébrité du sénateur Obama que par le bien que peut effectuer un gouvernement performant qui invite la participation de ses citoyens. Quelle transformation inspiratrice...
Dans un article fortement critiqué, publié en février, j’avais accusé Barack Obama d’égocentrisme. J’avais l’impression que tout son discours élégant, optimiste, frappant s’inscrivait dans une mission qui avait pour but unique et final de le voir élu.
Aujourd'hui, je suis beaucoup plus sympathique à son égard. Par contre, je ne lâche pas ma critique. Obama veut raviver l'engagement civique et le bénévolat chez les jeunes, comme l’avait fait son idole, JFK, avec la creation du Peace Corps (corps de la paix).
Obama serait-il prêt à dire à une nouvelle génération que travailler pour sa campagne est bien noble mais qu'il existe d’autres groupes qui bénéficieraient plus de l’aide et de l’énergie juvénile ? Ou ne voit-il rien de gênant à ce que sa campagne devienne le Peace Corps du 21ème siècle ?
Connaissez-vous quelqu'un qui a rejoint l'équipe de campagne d'Obama ? L'avez vous fait? Pensez-vous le faire ?
Source : Route 44, Présidentielle USA, La course vers la maison blanche. http://blog.lefigaro.fr/electionsus08/ Par Chizoba Nnaemeka le 21 juillet 2008
lundi 21 juillet 2008
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